Depuis 2010, je développe un travail de collecte d’archives, lettres, photos et matériaux diverses que j’intègre à des vidéos et des installations. Ces documents réels peuvent alors contribuer à construire des fictions. Ma pratique peut ainsi se situer entre le documentaire et la fiction pour composer une multiplicité de récits qui posent la question de qui parle, qui est le narrateur.
          Chaque fois, il s’agit de récits, voire d’une multiplicité de récits qui donnent à voir une réalité fragmentée. Des voix et des rôles : PRIMA Christina pour une correspondance avec un détenu, ou Béa en souvenir de cette jeune fille romaine. Fatima parfois. Autant d’angles différents pour saisir le monde. Dans mes travaux la parole est toujours présente, qui dit parole amène une mémoire et une résistance. Résistance à l’oubli. Une sorte de révolte poétique vers un système et des normes imposées. Ainsi, quand la parole nous manque on peut s’interroger. Qu’il s’agisse des lettres d’un détenu en Argentine, ou de « chats en ligne » ; qu’il s’agisse même de la fabrication d’un vêtement impossible pour transporter avec soi ses souvenirs personnels. Comment contester une société sans penser les limites que notre langue nous impose ? Ce qu’elle véhicule par son pouvoir en tant que structure grammaticale, ce qu’elle inclue et exclue en même temps ?
          Dans ma pratique, la proximité avec autrui témoigne d’une manière d’appréhender le monde. De ce rapport découle des questions liées au langage et au déplacement. C’est aussi l’occasion pour moi d’élaborer des fictions, des histoires visuelles qui nous amènent à des zones de silence, de temps de parole et de résistance.